Il y a des gens qui vont aux salons auto pour les carrosseries, les moteurs ou les concepts futuristes. Nous, on y va aussi pour les plaques. Déformation professionnelle, sans doute, mais quand on fabrique des plaques d'immatriculation depuis des années (agréé TPPR n°59157, pour les curieux), on développe un oeil particulier pour ces rectangles de métal ou de plexiglas accrochés aux pare-chocs.
La saison 2026 a été particulièrement riche. Entre Rétromobile en février, le Mondial de l'Auto en octobre et les salons régionaux qui se multiplient, on a eu de quoi nourrir notre passion. Voici notre sélection — forcément subjective — des plaques les plus marquantes repérées cette année.
Rétromobile 2026 : le paradis de la plaque noire
Si vous cherchez de la plaque noire ancienne, Rétromobile c'est Disneyland. L'édition 2026, qui s'est tenue du 4 au 9 février à Paris Expo Porte de Versailles, a rassemblé plus de 650 exposants et quelque 130 000 visiteurs selon les chiffres officiels de l'organisation.
Ce qui frappe d'entrée, c'est la densité de véhicules portant leur immatriculation d'origine. Pas des reproductions, pas des plaques refaites à neuf : de vraies plaques d'époque, avec leur patine, leurs bosses, leurs traces de quarante ou cinquante ans de circulation. On a repéré une Citroën DS 21 Pallas de 1968 portant une plaque FNI département 75 dont les caractères en aluminium repoussé avaient cette couleur gris mat inimitable des années soixante. Le propriétaire, un collectionneur parisien, nous a expliqué qu'il avait retrouvé la plaque d'origine dans le coffre de la voiture lors de l'achat en 2019. Elle dormait sous la roue de secours depuis la réimmatriculation au SIV.
Quelques stands plus loin, un Facel Vega FV3B de 1958 arborait des plaques à fond noir et caractères argentés dans un état de conservation stupéfiant. Le vendeur affichait le lot voiture + plaques d'origine à 185 000 euros. On n'a pas sorti le carnet de chèques, mais on a pris des photos.
Les plaques étrangères qui ont attiré l'oeil
Rétromobile est un salon international, et les plaques venues d'ailleurs racontent autant d'histoires que les voitures elles-mêmes. On a noté :
- Une Alfa Romeo Giulia Sprint GT avec ses plaques italiennes au format long et étroit (ancien système provincial), typiques des années soixante-dix. Fond blanc, caractères noirs, sigle de la province de Milano.
- Un Land Rover Series IIA avec des plaques britanniques au format ancien (trois lettres + trois chiffres), avant la réforme de 2001. Le format carré arrière, exclusivité britannique, donne un look inimitable.
- Une Porsche 356 Speedster portant des plaques californiennes jaune et noir de l'ère 1956-1962. Le propriétaire suisse avait fait le choix de conserver l'immatriculation américaine d'origine pour la présentation au salon — autorisé en exposition, pas sur route française, évidemment.
Mondial de l'Auto : quand le design automobile rencontre la plaque
Le Mondial de l'Auto 2026, qui s'est tenu en octobre à Paris, avait un angle résolument tourné vers l'électrique et les concepts. Côté plaques, les constructeurs font preuve de créativité pour intégrer la zone d'immatriculation dans le design global du véhicule.
On a observé une tendance nette : l'encastrement de la plaque dans le pare-chocs avec des contours presque invisibles. Renault, sur son concept Emblème, avait poussé le curseur en intégrant un écran à l'emplacement de la plaque arrière — technologie qu'on retrouve déjà aux États-Unis avec les plaques numériques Reviver, autorisées en Californie et dans une dizaine d'autres États. En Europe, la réglementation interdit encore ce type de dispositif (la plaque doit être un support physique rétro-réfléchissant selon le règlement UE 2015/166), mais on sent que le sujet arrive.
Les prototypes et leurs immatriculations de développement
Les véhicules prototypes circulent avec des plaques d'essai reconnaissables à leur format spécifique. En France, c'est le format W (ex : W-123-AB), délivré par les préfectures pour les véhicules en cours d'homologation ou de test. Ces plaques sont à fond blanc avec un bandeau rouge sur le côté droit.
Sur le stand Alpine, le prototype du futur SUV électrique portait une plaque W sur fond blanc que les visiteurs les plus observateurs ont pu photographier. Ce petit détail d'authenticité — le fait d'exposer un prototype avec sa vraie plaque de développement plutôt qu'une immatriculation fictive — donne un cachet indéniable.
Epoqu'Auto et les salons régionaux : le terrain de jeu des passionnés
Si Rétromobile est le temple des marchands et des grandes collections, les salons régionaux comme Epoqu'Auto à Lyon (novembre), Avignon Motor Festival ou Auto Moto Rétro à Dijon sont le repaire des passionnés de terrain. On y croise des voitures moins cotées mais souvent plus attachantes, et des plaques qui racontent la France automobile d'avant le SIV.
A Epoqu'Auto 2025 (les dates 2026 n'étaient pas encore fixées au moment de notre visite), on a repéré :
- Une Renault 4L de 1978 avec sa plaque d'origine département 42 (Loire). Le format FNI avec le numéro de département en fin de séquence, sur fond blanc, sans eurobandeau. Un témoin direct de l'immatriculation à la française avant la réforme de 2009.
- Un Peugeot 403 restauré portant des plaques noires flambant neuves, commandées spécifiquement pour accompagner la demande de carte grise collection. Le propriétaire nous a montré fièrement l'homologation TPPR au dos de la plaque.
- Une Citroën 2CV Charleston avec des plaques aluminium peintes à la main — probablement d'époque, probablement pas réglementaires, mais d'une beauté artisanale indéniable.
Tableau comparatif : les formats de plaque par pays repérés aux salons
| Pays | Format typique repéré | Période | Particularité |
|---|---|---|---|
| France | Fond noir, caractères argentés (FNI) | 1963-2009 | Réservé aux véhicules collection depuis 2009 |
| Italie | Fond blanc, province en fin de séquence | 1927-1994 | Format long et étroit, très élégant |
| Royaume-Uni | Format carré arrière, fond jaune | 1973-2001 (suffixe/préfixe) | Seul pays européen avec le format carré |
| Allemagne | Fond blanc, blason du Land, tiret séparateur | 1956-présent | Système inchangé depuis 70 ans, seul le design a évolué |
| Suisse | Fond blanc, armoiries du canton | Variable | Plaque liée au canton, pas au véhicule — elle suit le propriétaire |
Nos coups de coeur : 5 plaques qui nous ont marqués
Après avoir arpenté des kilomètres d'allées et photographié des centaines de pare-chocs, voici notre top 5 totalement subjectif :
- La plaque FNI de la DS 21 Pallas (Rétromobile) : pour l'émotion de l'authenticité. Cinquante-huit ans au compteur et toujours lisible.
- Les plaques californiennes de la 356 Speedster (Rétromobile) : le jaune et noir des sixties sur un pare-chocs chromé, c'est une claque visuelle.
- La plaque noire neuve du 403 (Epoqu'Auto) : la preuve qu'une plaque collection moderne peut être aussi belle qu'une ancienne, avec l'homologation en plus.
- La plaque italienne de la Giulia Sprint (Rétromobile) : ce format allongé typiquement transalpin a une élégance que le format européen standardisé n'a jamais égalée.
- La plaque W du prototype Alpine (Mondial) : rare à voir en exposition, et chargée de l'ADN du véhicule avant même sa commercialisation.
Ce classement est évidemment discutable, et c'est justement ce qui fait le sel de ces visites. Chaque plaque est un fragment d'histoire administrative, géographique et esthétique.
Comment reconnaître une plaque d'époque authentique
Avec l'engouement pour les véhicules de collection, le marché des plaques d'époque s'est développé. Et avec lui, les reproductions plus ou moins fidèles. Voici quelques critères pour distinguer une plaque authentique d'une copie :
- Le support : les plaques anciennes sont en aluminium embouti. Les caractères sont en relief, formés par emboutissage dans le métal. Une plaque plate avec des caractères peints ou collés est une reproduction.
- L'épaisseur : une plaque d'époque fait environ 1,5 à 2 mm d'épaisseur. Les reproductions modernes en aluminium font souvent 1 mm.
- Les bords : les plaques d'origine ont des bords pliés (retour de matière) sur le pourtour. C'est un signe d'ancienneté quasi imparable.
- La patine : l'oxydation naturelle de l'aluminium crée un aspect grisâtre mat impossible à reproduire artificiellement sans que ça se voie.
Attention : rouler avec une plaque d'époque qui ne correspond pas à la carte grise du véhicule est une infraction. Pour circuler légalement avec un style rétro, la solution c'est la plaque collection homologuée, fabriquée aux normes actuelles avec un rendu visuel fidèle à l'ancien.
Questions fréquentes
Peut-on acheter des plaques d'époque dans les salons auto ?
On en trouve effectivement sur les stands de pièces détachées et automobilia, surtout à Rétromobile et dans les bourses d'échange. Mais ces plaques sont vendues comme objets de décoration ou de collection. Les utiliser pour circuler sur route est interdit si elles ne portent pas le marquage TPPR d'un fabricant agréé et ne sont pas conformes au format réglementaire en vigueur. Pour rouler, commandez une plaque neuve homologuée.
Une plaque de salon (plaque d'exposition) est-elle réglementée ?
Les plaques visibles sur les véhicules exposés dans un salon n'ont aucune valeur réglementaire tant que le véhicule ne circule pas sur la voie publique. C'est pour cette raison qu'on voit des plaques étrangères, des plaques historiques ou même des plaques factices sur les stands. Dès que le véhicule quitte le salon pour rejoindre la route, il doit porter une plaque conforme au code de la route français (ou du pays de circulation).
Les plaques numériques (écrans) vont-elles arriver en France ?
Pour l'instant, la réglementation européenne (règlement UE 2015/166) impose un support physique rétro-réfléchissant. Les plaques numériques type Reviver, autorisées dans plusieurs États américains, ne sont pas compatibles avec ce cadre juridique. Des discussions sont en cours au niveau de la Commission européenne, mais aucun calendrier n'est annoncé. On ne les verra probablement pas avant 2030 au plus tôt, et encore sous conditions strictes.
Combien coûte une plaque noire collection neuve ?
Chez plaqueimmat.fr, une plaque collection fond noir au format voiture (520 x 110 mm) démarre à 17,99 euros. Format moto (210 x 130 mm) au même prix. Fabrication sous 48h, homologation TPPR n°59157, expédition en lettre suivie. C'est le moyen le plus simple d'offrir un look d'époque à votre voiture de collection tout en restant en règle.